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Les Verts doivent confirmer en 2023

Le parti écologiste aurait droit à un siège au Conseil fédéral mais l’arithmétique ne fait pas tout

Les Verts (ici le président Balthasar Glättli) doivent se faire une raison: aucun parti n’est jusqu’ici entré de force au Conseil fédéral. © Keystone-archives
Les Verts (ici le président Balthasar Glättli) doivent se faire une raison: aucun parti n’est jusqu’ici entré de force au Conseil fédéral. © Keystone-archives

Delphine Gasche

Publié le 14.11.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Conseil fédéral » Coup sur coup, deux ministres ont quitté le Conseil fédéral. Les Verts, qui y revendiquent une place, refusent toutefois de présenter des candidats. Manque de combativité? Pour le politologue Oscar Mazzoleni, c’est leur seule option. Ils doivent montrer patte blanche pour prouver leur éligibilité.

La vague écologique aux dernières élections fédérales a donné des ailes aux Verts. Le parti revendique depuis un siège au Conseil fédéral. «Arithmétiquement, la gauche rose-verte devrait avoir trois sièges. Le PLR est surreprésenté», analyse Oscar Mazzoleni, professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne.

Mais l’arithmétique ne fait pas tout. «Le PS a attendu des décennies avant d’entrer au gouvernement, alors qu’il en avait le droit arithmétiquement», rappelle le politologue. L’UDC n’a pas non plus obtenu un deuxième siège immédiatement après avoir été couronné premier parti de Suisse en 1999. Elle a dû conforter ses résultats et attendre la législature suivante.

Le parti conservateur s’est toutefois montré plus combatif. Il a proposé un candidat à la succession de Ruth Dreifuss en 2002, alors que les socialistes étaient – et sont toujours – le deuxième parti de Suisse. Mais c’était avant l’élection de Christoph Blocher et surtout son éviction après un mandat seulement.

«La non-réélection de M. Blocher a eu pour effet de discipliner les autres ministres et candidats», explique Oscar Mazzoleni. Le parlement a envoyé un message à l’UDC et à tous les partis.

«Quand on est élu, on doit se couler dans le moule. Les candidats doivent montrer qu’ils ne sont pas une force contestataire qui mettra en péril le système. Aucun parti n’est entré au Conseil fédéral de force, avec une attitude de rupture.»
Une telle attitude est possible lors d’une campagne pour les élections au parlement, mais pas au gouvernement. En cause: le système intangible suisse. La formule magique, décrite par certains comme intouchable, ne l’est en réalité pas. Durant les vingt dernières années, elle a été modifiée à quatre reprises. C’est la composition du gouvernement qui est immuable.

Système intangible

«Le nombre de sièges a été établi une fois pour toutes. Toutes les tentatives de réforme ont échoué depuis 1848, sauf celle intégrant la représentation régionale. C’est unique au monde. Dans les autres pays, comme en France, en Italie ou en Allemagne, le nombre de ministres varie en fonction des lois formelles ou des règles informelles», rapporte le professeur.
Il n’y a par ailleurs pas de premier ministre. Tous les conseillers fédéraux sont égaux et s’alternent à la présidence. «De fait, la garantie de gouvernabilité l’emporte sur la représentativité des partis. La diversité est importante, mais pas prioritaire.»
Pour accéder au gouvernement, les Verts doivent d’abord confirmer leur poussée électorale aux prochaines élections. Mais ils doivent aussi et surtout avoir des candidats présentables, capables de se fondre dans le système. Le parti accédera seulement aux plus hautes sphères du pouvoir grâce à la cooptation de ses pairs.

C’est l’une des raisons qui le pousse à respecter les deux sièges UDC. «En retour, il demandera aux autres partis de le respecter et de lui octroyer un siège au Conseil fédéral.»

Interrogé sur une possible élection sauvage en décembre aux dépens des socialistes, Oscar Mazzoleni se montre sceptique. La droite devrait trouver le bon candidat. Or les Vert-e-s n’y ont aucun intérêt. «La coalition de gauche s’effondrerait. Et il n’y aurait qu’un seul gagnant: la droite.»

L’alliance des Verts avec le PS, sur les dossiers au parlement et dans les régions, prime sur les stratégies à court terme. «Le principal objectif du parti écologiste n’est pas d’accéder au Conseil fédéral. C’est un parti thématique, centré sur l’avancement des politiques de l’environnement et du climat.»

Par le passé, les Verts ont lancé des candidatures de combat. Luc Recordon a notamment tenté de ravir le siège de Christoph Blocher, puis de succéder à Samuel Schmid. L’absence actuelle d’attaques contre l’UDC, voire le PS, serait-elle une preuve d’assagissement? «C’est une stratégie à moyen terme pour se rapprocher du Conseil fédéral.» ATS

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