La Liberté

Le match du grand pardon

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21.06.2021

La Suisse a pris le meilleur sur la Turquie (3-1). Elle est virtuellement qualifiée pour les huitièmes de finale

Football » Ce fut le match du grand pardon et non celui de la fin de l’ère Petkovic. Victorieuse 3-1 de la Turquie à Bakou, la Suisse est virtuellement qualifiée pour les huitièmes de finale de l’Euro 2020. Le but poursuivi a, ainsi, été atteint malgré le nul décevant concédé face au pays de Galles (1-1) et le naufrage de Rome face à l’Italie (0-3). Vladimir Petkovic et ses joueurs ne peuvent toutefois pas encore savourer pleinement cette qualification. Elle dépend des résultats des autres groupes. Mais il faudrait un concours de circonstances pour que la Suisse ne figure pas parmi les quatre meilleurs troisièmes. Si elle est qualifiée, elle jouera son prochain match le dimanche 27 juin à Séville, le lundi 28 juin à Bucarest ou le mardi 29 juin à Glasgow.

Vladimir Petkovic a gagné un premier pari lors de cet Euro. Le «Mister» avait maintenu sa confiance en Haris Seferovic, l’homme qui ne marquait plus depuis 12 matches dans des phases finales, et en Xherdan Shaqiri, dont l’autonomie sur le terrain n’est plus à la hauteur de son immense talent. Pari gagné avec le 1-0 du Lucernois à la 6e minute sur une frappe de gauche qui trouvait le petit filet et avec le doublé du Bâlois. Il a signé le 2-0 à la 26e avec ce tir du droit qui trouvait la lucarne du malheureux Ugurcan Cakir et le 3-1 à la 68e du gauche cette fois sur un service de l’infatigable Steven Zuber, auteur, lui aussi, d’un grand match.

Un Sommer retrouvé

Le quatrième héros de l’équipe de Suisse se nomme Yann Sommer. L’aller-retour Rome-Cologne pour célébrer la naissance de sa deuxième fille l’a sans doute aidé à ne pas ruminer sa performance en demi-teinte de mercredi contre l’Italie. A quatre reprises, le portier de Mönchengladbach, complètement retrouvé, a sorti le grand jeu sur des tentatives de Kaan Ayhan (4e) et de Mert Müldür (18e, 33e et 43e). Ce dernier, qui évolue à Sassuolo, était bien le joueur le plus dangereux de la Turquie.

Juste après l’heure de jeu toutefois, le ciel turc s’était éclairci avec la réussite d’Ifran Can Kahveci. Le joueur de Fenerbahçe pouvait échapper à Ricardo Rodriguez avant d’armer imparablement du gauche. Ce but venait presque de nulle part, dans la mesure où les Turcs donnaient l’impression d’avoir abdiqué et que les Suisses ne cessaient de porter le danger devant Ugurcan Cakir. ats

Suisse - Turquie 3-1 (2-0)

Bakou: 17 138 spectateurs. Arbitre: Vincic (SLO). Buts: 6e Seferovic 1-0. 26e Shaqiri 2-0. 62e Kahveci 2-1. 68e Shaqiri 3-1.

Suisse: Sommer; Elvedi, Akanji, Rodriguez; Widmer (92e Mbabu), Freuler, Xhaka, Zuber (85. Benito); Shaqiri (75. Vargas); Embolo (85e Mehmedi), Seferovic (75e Gavranovic).

Turquie: Cakir; Celik, Demiral, Söyüncü, Müldür; Ayhan (64e Yokuslu); Ünder (80e Karaman), Tufan (64e Yazici), Kahveci (64e Kökcü), Calhanoglu (86e Toköz); Yilmaz.

Note: 77e tir sur le poteau de Xhaka.

Italie - Pays de Galles 1-0 (1-0)

Stade olympique, Rome: 14 400 spectateurs. Arbitre: Hategan (ROU). But: 39e Pessina 1-0.

Italie: Donnarumma (89e Sirigu); Toloi, Bonucci (46e Acerbi), Bastoni, Emerson; Pessina (87e Castrovilli), Jorginho (75e Cristante), Verratti; Chiesa, Belotti, Bernardeschi (75e Raspadori).

Pays de Galles: Ward; Ampadu, Rodon, Gunter; Connor Roberts, Allen (86e Levitt), Morrell (60e Morrell), Neco Williams (86e Ben Davies); Bale (86e Brooks), Ramsey, James (74e Wilson).


La Suisse se qualifie si…

La Suisse sera qualifiée pour les huitièmes de finale de l’Euro 2020 si au moins deux de ces six scénarios se produisent:

Groupe B: la Belgique bat la Finlande ou le Danemark bat la Russie.

Groupe C: il y a un vainqueur lors du match Autriche-Ukraine.

Groupe D: il y a match nul lors du match Ecosse - Croatie.

Groupe E: la Pologne ne bat pas la Suède.

Groupe F: la France bat le Portugal.


12 points vont à Steven Zuber, Milieu

12 points vont à  Yann Sommer, Gardien

11 points vont à Xherdan Shaqiri, Attaquant

10 points vont à Haris Seferovic, Attaquant

Titularisé pour la première fois du tournoi par Vladimir Petkovic, Steven Zuber a prouvé par trois fois qu’il méritait la confiance du Mister. Prétendre que le milieu de couloir de l’Eintracht Francfort a fait fort est un euphémisme. Passeur décisif sur les trois réussites de Haris Seferovic et de Xherdan Shaqiri, le Zurichois de 29 ans s’est révélé être le deus ex machina de cette sélection helvétique, bien mal en point avant cet ultime match de poule. Combativité, relance et leadership, Steven Zuber est l’homme de ce Turquie-Suisse à Bakou.

Sur le plateau de la RTS, Michel Pont a eu ces bons mots: «Il faudrait que la femme de Yann Sommer accouche à la veille de chaque rencontre de la Suisse». On ne saura jamais si c’est le fait de sa seconde paternité au lendemain de la fessée italienne, mais le gardien du Borussia Mönchengladbach s’est lui aussi montré à la hauteur de ce match couperet. Avec ses cinq arrêts décisifs, dont le premier alors que Turcs et Helvètes en étaient à 0-0, le Bâlois a veillé sur sa cage et cette équipe de Suisse comme un papa poule sur sa lignée.

On le dit et le redit: le lutin de Liverpool est l’unique joueur helvétique capable de faire la différence à lui tout seul. On le sait aussi: il est capable de passer totalement au travers de ses matches. Brouillon et imprécis contre le pays de Galles, fantomatique contre l’Italie, XS a su répondre aux critiques sur le terrain en inscrivant deux buts… Dont le premier du pied droit, pour lui le gaucher, qui restera comme l’un des plus beaux de cet Euro 2020 disputé en 2021. Quand il est comme ça, Xherdan Shaqiri est tellement important pour la Suisse.

Après la double déception galloise et italienne, le débat autour de lui battait son plein: Haris Seferovic serait-il reconduit face à la Turquie? Décrié et très en dessous de ses standards habituels sous le maillot de Benfica Lisbonne, où, avec 22 réussites, il a terminé deuxième meilleur buteur du championnat du Portugal, «Der Mann aus Sursee» s’est montré digne de l’indéfectible confiance que lui témoigne Vladimir Petkovic. Sa frappe du gauche à la 6e minute a eu l’immense mérite de lancer la Suisse sur le chemin du succès. PAD


COMMENTAIRE

Une victoire, oui mais après?

Le concert de klaxons qui, hier en villes de Fribourg et de Bulle, saluait la victoire de la Suisse est révélateur: non seulement le canton, mais tout le pays tient à son équipe nationale. Et ce presque comme à la prunelle de ses yeux. Après les éloges tressés depuis tant d’années sur cette «génération dorée et décomplexée», après les déclarations du capitaine Granit Xhaka, selon lequel «la Suisse est désormais mûre pour franchir le cap des huitièmes de finale et réussir quelque chose de grand», ce ouf de soulagement est compréhensible, tant les attentes étaient énormes à l’heure des trois coups à Bakou. Un décevant match nul 1-1 contre le pays de Galles, une fessée 3-0 contre l’Italie et une volée de bois vert plus tard, voilà que ce 3-1 face à, soyons lucides, une bien pâle Turquie résonne comme une finale de gagnée.

Certes, Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri en tête, les leaders tant décriés depuis le début du tournoi ont relevé la tête. Certes, la Suisse a réagi et, enfin, donné des émotions positives à ses supporters. Et certes encore, elle a montré des valeurs d’union, de solidarité et de combativité que chacun est en droit d’attendre dans un événement de cette ampleur. Alors oui, bravo et klaxonnons! Au-delà de ce concert joyeux en des temps si compliqués pour tout le monde, il n’y a pourtant pas de quoi vraiment s’enflammer. Avec quatre points ce matin, la Suisse ne sait pas si son Euro est terminé ou s’il va se poursuivre. Outre le désagréable sentiment de devoir attendre les dernières rencontres dans les autres phases de groupes, il y a aussi cette réalité: en cas de repêchage parmi les quatre meilleurs troisièmes, elle affrontera un premier de groupe. Son adversaire pourrait porter les traits de la Belgique, de la France, du Portugal, voire de l’Espagne ou de la Suède…

L’équipe de Suisse a fait le job contre la Turquie, mais elle n’a encore rien gagné, pas même son billet pour les huitièmes de finale. Et si les chances qu’elle puisse le composter sont plutôt grandes, il lui faudra diablement rehausser le niveau de son jeu pour éviter que l’expédition Euro 2020 ne vire au naufrage… Avec toute la crise qui en résulterait. Pascal Dupasquier

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