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The Crown saison 5 : le chant du cygne

Rien ne va plus au Royaume de sa Majesté. Les emblèmes de l’empire s’étiolent et l’image de la Monarchie est de plus en plus menacée par le comportement de ses membres. Diana et Charles, le couple soi-disant parfait, s’entredéchirent et amène l’institution royale dans une situation critique.

Une séparation qui ébranle une institution si lisse. © LeParisien.fr
Une séparation qui ébranle une institution si lisse. © LeParisien.fr

Maxime Corpataux

Publié le 28.11.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Article en ligne – Critique série» Une énième saison, ou décennie, dans la maison Windsor. Cette fois-ci se sont les dernières années du XXe siècle qui seront romancées par Peter Morgan. Des années charnières pour la Monarchie britannique, à plus d’un titre.
Un Royaume se doit d’avoir une dynastie et sa famille se doit d’inspirer confiance à son peuple. La Reine avait su habilement incarner la charge suprême au travers des péripéties de la Grande-Bretagne durant les années d’après-guerre. Quant à son successeur, Charles, et à sa femme, rien ne semble s’accorder au-delà des apparences. Le couple ne se comprend pas et n’ont pas les mêmes intérêts.  Durant cette saison, les réalisateurs ont subtilement dévoilé le tricot grossier qu’était le « plus beau mariage du siècle », où trois personnes y cohabitaient, selon les dires de la princesse des cœurs.
Cette décennie, bien dépeinte dans ce volet, chamboule à plus d’un titre un pays en quête d’un avenir à la mesure de son passé impérial. La famille royale reflète, malgré elle, ces changements sociétaux : les couples ne se maintiennent plus aussi longtemps qu’avant et les divorces sont de plus en plus nombreux. Même un titre nobiliaire ne suffit pas à prévenir une union toxique, car arrangée.
Tout au long des épisodes, les tractations du divorce royal permettent de dessiner un peu mieux les psychologies des personnages de Diana et Charles, qui n’ont dans les précédentes saisons, pas eu autant de véritable traitement que le duo « Elisabeth-Philippe ». Une transmission de témoin avancée en somme. Mais le couple des « de Galles » ne convainc plus. Diana, femme moderne et très simple, voire superficielle, s’épanouit avec le petit peuple. Charles, quant à lui, le prince qui attend son heure, ne demande qu’à révéler sa maturité et son envie d’apporter sa pierre à l’édifice qu’est ce Royaume-Uni. Mais son intelligence bouscule une tradition victorienne poussiéreuse et abrutissante. Au moins, il peut s’épanouir avec ses programmes novateurs comme le Prince’s Trust et ses conceptions progressistes de la société britannique sur la religion et le communautarisme. Quoiqu’incompris aux premiers abords, il semble révéler une stature royale.
Mais décidemment, le Prince est prêt mais il doit attendre. Quelle fatalité. Heureusement que le troisième membre du mariage, son amour de toujours, Camilla Parker-Bowles, l’épaule comme la princesse de son cœur. La mise en scène a magnifiquement enfin révélé la véritable union reliant les deux protagonistes et la force qui résulte de leur travail coordonné. Un Royaume avec un couple uni ne peut (et ne pourra) que surmonter les affres de l’Histoire et adapter la monarchie à son temps.
Car un pays qui ne s’adapte pas s’écroule. Les années quatre-vingt-dix sont les années de la chute de l’URSS, et conséquemment, d’une volonté de reconstruire la compréhension entre les Européens. Intérêt actuel ou habile révélation historique ? un épisode nous illustre parfaitement, en comparaison, l’intérêt d’un pays d’écouter son peuple et de s’adapter aux demandes de son temps. L’URSS semblait triomphante et s’écroula par sa volonté brute de se figer dans un dogme inhumain. La Grande-Bretagne et ses traditions a perduré en s’adaptant, pour finir à modifier ses idées amenant même l’élection d’un travailliste issu du « New Labour », sooti un premier ministre jeune et entreprenant, Tony Blair. La Grande-Bretagne de la fin du XXe siècle n’est plus l’Empire sur lequel le Soleil ne se couche jamais, mais un pays qui se recentre sur ses constantes (une Monarchie qui s’adapte) et essaie de se faire une place dans l’ordre nouveau du siècle arrivant. La fin du colonialisme, avec Hong Kong, et du lustre impérial, avec le yacht Britannia, illustre la métamorphose d’un pays et de son institution la plus caractéristique : sa Monarchie, ou le fameux « système ».
The Crown saison 5, une saison qui prépare subtilement l’arrimage au siècle nouveau pour la monarchie britannique. La qualité du jeu des acteurs et le grain de la photographie sont naturellement formidables, quoioque attendus. L’intérêt spécifique de cette énième saison fut le traitement plus psychologique du couple « Charles-Diana », tout en profondeur et la description au peigne fin d’une société en mutation. En somme, un mélodieux chant du cygne avant la tragédie royale qui sera dépeinte à la prochaine saison.

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