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"Promets-moi de ne jamais oublier"

Ne m’oublie pas nous emmène dans les pas de Clémence et de sa grand-mère, atteinte d’Alzheimer. © Le Lombard
Ne m’oublie pas nous emmène dans les pas de Clémence et de sa grand-mère, atteinte d’Alzheimer. © Le Lombard
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18.04.2021

L’article en ligne – BD » À travers la souffrance de la maladie d’Alzheimer, c’est une ode au courage et au souvenir, incessant rappel du temps qui passe, que nous offre Alix Garin dans Ne m’oublie pas.

Eléa Jacquot

À la lecture de Ne m’oublie pas, il y a une question que l’on ne manquera pas de se poser : et si voyager dans le temps était finalement à notre portée, sans qu’on s’en rende vraiment compte ? Après une nouvelle fuite de sa grand-mère, atteinte d’Alzheimer, de la maison de retraite où elle vit, Clémence prend conscience de sa souffrance. Proche d’elle depuis toujours, comme on le découvre tout au long du récit, la jeune femme décide, sur un coup de tête, de l’emmener avec elle en direction de sa maison d’enfance. « Une fuite, une quête, un égarement, l’occasion de se retrouver », selon la quatrième de couverture. Une façon de se découvrir, ou de se redécouvrir, où le présent rend incessamment visite au passé, et où Clémence se construit un peu plus à chaque pas, sa grand-mère d’un côté, leurs souvenirs de l’autre.

Un style épuré

Le trait de l’artiste rend parfaitement hommage à l’histoire. Peu de détails sur le décor, juste l’essentiel, les deux figures principales, ressort. Un style furtif, peu de mots, juste assez pour s’immiscer dans les pensées de Clémence. Un flou certes déroutant au départ, laissant quelques passages difficiles à interpréter, et provoquant un découpage parfois saccadé des actions des personnages. Un flou utile cependant, car il permet au lecteur de plonger profondément dans les sentiments de Clémence, sa vision des choses, sa tristesse vis-à-vis de sa grand-mère. Ses doutes aussi.

De même, peu de couleurs sont utilisées. Des teintes pastels sans exception, qui contrastent avec la vivacité des questions abordées. Car au-delà de la maladie, l’autrice explore bien des thèmes, tous imbriqués les uns aux autres. La découverte de son homosexualité par Clémence, l’amour et ses non-dits, la recherche de soi.

Entre avant et maintenant

Mais, au-delà de tous ces aspects, un élément en particulier apporte à l’histoire toute sa sensibilité. En alternant habilement le récit principal de la fuite de Clémence et de sa grand-mère, l’interrogatoire de la jeune femme par la police, après l’épilogue du voyage, et de nombreux flashback sur l’enfance de Clémence, ou d’autres références au passé, Alix Garin nous emmène dans un second voyage, un voyage dans le temps. Car si les dialogues entre les deux personnages sur les souvenirs – ou leur absence – de la mamie, si la relation même entre ces deux êtres est déjà touchante pour la lectrice sensible que je suis, que dire quand, scène après scène, des éléments du passé refont surface, permettant de découvrir, dans leur intimité, Clémence et sa grand-mère ? Leur vie avant, quand Clémence était petite. La relation entre cette dernière et sa mère. Des souvenirs douloureux, d’autres heureux. Et tout cela associé aux différentes « phases » de la maladie, exprimées par la mamie tout au long du trajet : une alternance entre perte de mémoire plus ou moins forte, et quelques instants de lucidité, les plus dures selon ses mots, où sa conscience de devenir folle irait jusqu’à serrer un cœur bien accroché.

À n’en pas douter, cet ouvrage est de ceux dont on ne ressort pas indifférent. C‘est la larme à l’œil qu’on en tourne l’ultime page, et qu’on redécouvre ce qui nous entoure.


Ne m’oublie pas
Alix Garin (dessin, scénario)
Le Lombard
Paru janvier 2021
224 pages
https://www.lelombard.com/bd/ne-moublie-pas/ne-moublie-pas

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