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Etrangère et précaire

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19.10.2020

Maya* est une étudiante marocaine de 24 ans. Harcelée au travail, elle n’a pas osé dénoncer sa situation à cause de son statut de femme étrangère

Mélodie Rossier

Témoignage » «Avant de terminer mon bachelor, j’avais commencé à envoyer des postulations pour trouver un travail», explique Maya*, 24 ans, originaire de Casablanca. La jeune femme, qui poursuit actuellement ses études à Fribourg, bénéficie encore d’un permis de séjour étudiant. «J’ai reçu beaucoup de rejets de candidature. Parfois, on m’appelait pour me demander ma nationalité et je n’étais pas recontactée», se rappelle la jeune Marocaine. Elle continue: «Plus tard, j’ai compris que mon statut d’étrangère extraeuropéenne rendait l’engagement compliqué administrativement pour les entreprises genevoises. A Fribourg, cela a été plus facile pour moi.»

Devant les difficultés qu’elle éprouve à trouver du travail, Maya se réjouit lorsqu’une opportunité se présente enfin. «Malgré ma situation, une start-up était intéressée par mon profil», se souvient-elle. Elle reprend: «L’employeuse m’avait donné confiance et j’ai accepté cette offre inespérée.» Par la suite, cette personne démissionne rapidement et Maya se retrouve entourée de dix-neuf collègues masculins. «La plupart du temps, on m’adressait des commentaires inappropriés», relate-t-elle. Ces comportements mettent Maya de plus en plus mal à l’aise: «Ils étaient insistants. Une fois, l’un d’eux m’a même demandé de l’embrasser.»

«C’était inacceptable»

Bientôt, le harcèlement s’intensifie pour l’employée: «Un jour, un collègue m’a avoué qu’il y avait une compétition dans l’entreprise pour déterminer qui allait coucher avec moi en premier, rapporte Maya. J’ai démissionné le lendemain, c’était inacceptable.» La jeune femme explique pourquoi elle n’a pas engagé de poursuites: «Mon statut est fragile, je ne peux pas prendre le risque qu’ils m’attaquent en retour. J’avais besoin de cette expérience et j’avais peur pour le renouvellement de mon permis.»

Selon Marie-Christine Ukelo-Mbolo Merga, membre de Droit de rester, collectif fribourgeois s’engageant pour la défense des droits humains des personnes migrantes, réfugiées ou sans papiers, Maya n’est pas la seule à rapporter une telle histoire: «Nous observons des cas similaires. Si la protection des femmes suisses est déjà déficiente, c’est encore pire pour les personnes étrangères», explique l’activiste, qui parle de double peine pour les personnes cumulant le statut de femme et d’étrangère en Suisse. Elle ajoute: «La peur des conséquences sur sa situation, réelle ou fantasmée, conduit à une absence de dénonciation des violences subies.» Bien que des structures telles que Solidarité Femmes ou Droit de rester apportent une aide bienvenue, pour Marie Christine Ukelo-Mbolo Merga, le problème est institutionnel: «C’est maintenir la violence que d’avoir des lois comme les nôtres. Tant que les femmes s’exposeront à des risques en cherchant une protection, elles ne diront rien», conclut-elle.

* Prénom d’emprunt

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