La Liberté

«Je lui donne ma médaille!»

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29.07.2021

Deuxième du contre-la-montre olympique, Marlen Reusser a voulu rendre hommage à son entraîneur

Cyclisme » Tout à sa joie de sa médaille d’argent olympique, Marlen Reusser était prête à l’offrir à l’entraîneur national. «Je ne garde pas cette médaille, je l’offre à Edi Telser», lâchait la Bernoise au micro, quelques minutes après avoir reçu sa breloque.

L’entraîneur national, déjà récompensé par un triplé historique en VTT féminin la veille, récolte de nouveaux lauriers avec la deuxième place de Marlen Reusser dans le contre-la-montre. «On doit décorer cet homme. Je lui donne ma médaille», a-t-elle déclaré.

Enormément de patience

L’Italien Edi Telser, le faiseur de médailles, a secoué la tête. «C’est complètement fou. Voilà comment Marlen peut être. Elle arrive souvent avec des idées qu’il faut corriger. Cette histoire de don de la médaille en est une…» Et avec une mine sérieuse, il a précisé: «Une médaille qu’on a gagnée soi-même, on ne peut pas l’offrir. Je ne l’accepte pas, et on ne peut pas l’accepter.»

Marlen Reusser, qui ne s’intéressait pas au sport cycliste il y a cinq ans lors du dernier contre-la-montre olympique (lire ci-dessous), tenait à remercier l’entraîneur national. Il sait parfaitement composer avec ses démons. «Par exemple, dans les descentes, je suis souvent paniquée, je frôle les limites émotionnelles, je pleure. Edi sait exactement comment il doit me récupérer. Et il a beaucoup, énormément de patience avec moi.»

A la reconnaissance du parcours olympique, le duo a ainsi beaucoup investi dans la technique des virages en descente. «A haute vitesse, Marlen ne trouve souvent pas le bon point de freinage et ne sait pas quand il faut à nouveau laisser aller», a expliqué Edi Telser.

Problèmes de casque

Marlen Reusser n’a commencé à songer à une médaille olympique qu’en 2019. «J’ai alors été longtemps persuadée que j’en étais capable, avant de douter à nouveau sérieusement quand j’ai vu le tracé.» La montée raide n’était pas absolument dessinée pour ses qualités. C’est pourquoi elle s’est raccrochée à la devise: «Plein gaz dans les descentes. Ou ça passe sur ce parcours, ou je dois encore patienter quelques années.»

Elle est aussi revenue sur les problèmes rencontrés avec son casque. «Nous avons connu divers problèmes aujourd’hui. Je sais qu’une course parfaite n’existe pas, il y a toujours des tracas. Comme j’ai rassemblé mes cheveux sous le casque, la visière a appuyé sur mes yeux. Ainsi, ma vue a été fortement perturbée, c’est pourquoi j’ai déchiré ma visière en route. Mon maillot s’est aussi comporté comme une sorte de parachute. Je pensais: si je remporte une médaille c’est parce que mes jambes sont vraiment bonnes!» ATS


Fille d’agriculteurs bernois, médaillée d’un autre bois

La Bernoise, bientôt trentenaire, est devenue vice-championne olympique, quatre ans seulement après ses débuts dans la discipline.

Elle ne se trouvait même pas devant sa télévision pour les épreuves de cyclisme des Jeux olympiques de Rio en 2016. «Je n’étais pas très fan», a rappelé hier Marlen Reusser, médaillée d’argent du contre-la-montre de Tokyo. Le vélo? Dans un premier temps, l’ex-présidente des Jeunes Verts du canton de Berne le considère principalement comme un moyen de locomotion écologique auquel elle avait pris goût lors d’un séjour linguistique en Suisse romande dans une famille très sportive, expliquait-elle à Schweizer Illustrierte l’année passée.

Obligée de renoncer à l’athlétisme et la course à pied en raison d’une opération à la cheville, la triathlète du dimanche se décide à prendre sa première licence cycliste en 2017. Championne nationale du contre-la-montre d’entrée de jeu, elle connaît un violent coup d’arrêt 12 mois plus tard, avec plusieurs fractures à la clé (bassin, sacrum, 5e vertèbre lombaire). Pour ses premiers championnats du monde, cinq mois seulement après sa chute, l’amateure se classe à un prometteur 17e rang dans sa discipline favorite. Habituée à pédaler seule dans la campagne emmentaloise, la grande Marlen Reusser (1 m 80) s’épanouit moins dans les courses en ligne. «J’ai détesté mon baptême du feu dans un peloton. Jouer des coudes, ce n’était pas pour moi (…). Je pourrais écrire un livre sur ce que je dois encore améliorer pour les épreuves en ligne», relevait-elle dans un portrait de l’Aargauer Zeitung, où elle se décrivait comme une «exotique dans le cirque du vélo».

Arrive 2019. Invitée à intégrer l’équipe du Centre mondial de cyclisme à Aigle, Marlen Reusser prend le pari de mettre son métier entre parenthèses afin de se consacrer exclusivement au sport professionnel. La médecin assistante en chirurgie, qui retourne vivre dans la ferme de ses parents pour des raisons financières, opère une mue spectaculaire. Les médailles ne tardent pas à tomber: l’argent aux mondiaux 2020 et le bronze des européens, la même année. Le métal olympique n’est que la suite logique d’une impressionnante ascension, marquée du sceau de la fraîcheur. «Alors que certaines athlètes peuvent avoir de la peine à se motiver après tant d’années dans le milieu, je me réjouis pour chaque course», disait-elle à la presse alémanique avant son périple au Japon

Entrée dans une nouvelle dimension, Marlen Reusser rêve maintenant de devenir championne du monde du contre-la-montre, le 20 septembre, soit le jour de son trentième anniversaire. PSC


Classements

Dames. Contre-la-montre, 22,1 km: 1. Annemiek van Vleuten (NED) 30’13’’ (43,833 km/h). 2. Marlen Reusser (SUI) à 56’’. 3. Anna van der Breggen (NED) à 1’02’’. 4. Grace Brown (AUS) à 1’09’’. 5. Amber Neben (USA) à 1’13’’. 6. Lisa Brennauer (GER) à 1’57’’. 7. Chloe Dygert (USA) à 2’16’’. 8. Ashleigh Moolman (RSA) à 2’24’’. 9. Juliette Labous (FRA) à 2’29’’. 10. Elisa Longo Borghini (ITA) à 2’47’’. 25 concurrentes au départ et classées.

Messieurs. Contre-la-montre, 44,2 km: 1. Primoz Roglic (SLO) 55’04’’ (48,160 km/h). 2. Tom Dumoulin (NED) à 1’01’’. 3. Rohan Dennis (AUS) à 1’04’’. 4. Stefan Küng (SUI) m.t. 5. Filippo Ganna (ITA) à 1’06’’. 6. Wout van Aert (BEL) à 1’41’’. 7. Kasper Asgreen (DEN) à 1’48’’. 8. Rigoberto Uran (COL) à 2’15’’. 9. Remco Evenepoel (BEL) à 2’17’’. 10. Patrick Bevin (NZL) à 2’20’’. Puis: 12. Geraint Thomas (GBR) à 2’42’’. 27. Richie Porte (AUS) à 5’49’’. 39 coureurs au départ, 38 classés. Abandon: Ion Izagirre (ESP).


Stefan Küng chocolat

La déception doit être particulièrement amère pour Stefan Küng. Le Thurgovien a échoué à la 4e place du contre-la-montre les Jeux olympiques à 40 centièmes du bronze, remporté par Rohan Dennis. Au dernier temps intermédiaire, il était déjà quatrième mais avec plus de 3’’d’avance sur l’Australien. Toutefois le rouleur des Antipodes a réussi une meilleure fin de course sur le circuit du Mont-Fuji que le champion d’Europe alors que l’Italien Filippo Ganna, troisième, perdait toutes ses chances. Le titre revient à un autre Slovène avec un temps canon: Primoz Roglic. Ce dernier tient enfin un grand succès après avoir dû manger quelques couleuvres. Cette fois-ci, il n’a pas lâché son os, passant avec le meilleur temps à tous les pointages intermédiaires. Tom Dumoulin a complété le podium en remportant l’argent. ATS

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