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L’accusée prête à remettre ça

L’auteure d’un attentat au couteau dans un grand magasin de Lugano face à la justice

Le 24 novembre 2020, l’accusée avait poignardé deux femmes dans le grand magasin Manor de Lugano. © Keystone-archives
Le 24 novembre 2020, l’accusée avait poignardé deux femmes dans le grand magasin Manor de Lugano. © Keystone-archives

Eva Pfirter

Publié le 30.08.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Terrorisme » Lors de son procès hier devant le Tribunal pénal fédéral, l’auteure de l’attaque au couteau à Lugano, qui avait blessé deux clientes d’un grand magasin avant d’être maîtrisée, a avoué qu’elle serait prête à recommencer. Elle est accusée de tentatives d’assassinat et d’infraction à la loi interdisant les groupes Etat islamique et al-Qaïda.

Interrogée par la présidente de la Cour des affaires pénales sur sa vision des événements du 24 novembre 2020, l’accusée a campé sur sa position. «Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais mieux, avec des complices.»

Seulement des femmes

La femme ne s’est pas laissé attendrir par les photos des blessures à la gorge et à la main subies par une des victimes. «Ces plaies ne me semblent pas particulièrement profondes», a-t-elle déclaré. L’accusée a précisé qu’elle n’aurait pas attaqué un homme car, en tant que musulmane, elle ne voulait pas toucher une personne de ce genre. En outre, il aurait été plus difficile d’agresser un homme. Elle a admis elle-même devant le tribunal qu’elle voulait commettre un «acte terroriste».

L’interrogatoire n’a pas permis d’éclaircir pourquoi cette femme de 29 ans a commencé à être fascinée par l’Etat islamique (EI). A fin 2015, elle a cherché à établir par internet un contact avec la milice terroriste dont elle avait appris l’existence par les attentats montrés à la télévision.

Après l’échec de son mariage, l’accusée a expliqué avoir rencontré sur les réseaux sociaux un membre de l’EI. Vivre et mourir pour Allah est un «grand honneur», a-t-elle dit. Son ami lui aurait envoyé des vidéos montrant comment «éliminer des mécréants». Mais il lui aurait déconseillé d’agir seule.

A l’origine, elle avait planifié l’attentat pour le réveillon de Noël, non pour le 24 novembre 2020. Elle s’était pourtant ravisée, craignant qu’il n’y ait trop de monde en ville et qu’elle ne soit rapidement maîtrisée.

Lettre de menaces

Au début de l’audience, son avocat a produit une lettre de menaces reçue le matin même. La prochaine attaque sera menée avec d’autres armes que des couteaux, a lu la présidente. L’auteur de ce courrier anonyme a aussi menacé le Tribunal pénal fédéral.

A la fin de l’interrogatoire, le Ministère public de la Confédération (MPC) a étendu l’accusation au financement de l’EI. En effet, l’accusée a avoué avoir envoyé de l’argent en Syrie afin de soutenir la «guerre sainte». Elle aurait eu recours à un tiers pour convoyer quelque 18 000 francs.

L’un des deux experts psychiatres s’est exprimé en fin d’après-midi devant la Cour. Il a rappelé qu’une psychose avait déjà été diagnostiquée en 2017 chez l’accusée, lorsque celle-ci avait été refoulée par la Turquie. Elle était certainement sous l’emprise de ce trouble schizophrénique lors de l’attentat. Celui-ci n’est pourtant pas le résultat d’une poussée psychotique. «Il ne s’agissait pas d’un geste impulsif», a expliqué le médecin.

Risque de récidive

L’expert qualifie le risque de récidive de moyennement élevé. Il préconise un traitement de trois ans au moins dans une institution fermée. Un léger retard mental a aussi été décelé chez l’intéressée. Cette dernière n’a pas achevé l’école obligatoire. Outre des difficultés d’apprentissage, cette femme souffre d’une incapacité à nouer des relations. Le psychiatre ne s’est pas montré très optimiste quant à son évolution mentale. Certains aspects se sont renforcés depuis l’attaque au couteau.

Selon l’acte d’accusation du MPC, l’accusée a attaqué deux femmes dans le grand magasin Manor de Lugano le 24 novembre 2020. Elle répond aussi d’exercice sans autorisation de la prostitution entre 2017 et 2020.

L’une de ses victimes a reçu une blessure d’au moins dix centimètres de profondeur au cou, ainsi que diverses coupures au visage, aux avant-bras, aux poignets et aux mains. Elle s’est constituée partie civile et réclame 440 000 francs. La seconde femme, qui a maîtrisé l’accusée avec d’autres témoins, a été atteinte à la main droite. ATS

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