La Liberté

Le bourdon vous offre des fleurs

Mâle de bombus pascuorum (le bourdon des champs) © Sophie Giriens
Mâle de bombus pascuorum (le bourdon des champs) © Sophie Giriens
Reine de bombus lapidarius (bourdon des pierres) © Sophie Giriens
Reine de bombus lapidarius (bourdon des pierres) © Sophie Giriens
Ouvrière de bombus sylvarum (le bourdon grisé) © Sophie Giriens
Ouvrière de bombus sylvarum (le bourdon grisé) © Sophie Giriens
Mâles de bombus pascuorum (le bourdon des champs), forme du sud des Alpes © Sophie Giriens
Mâles de bombus pascuorum (le bourdon des champs), forme du sud des Alpes © Sophie Giriens
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05.08.2020

Privée de fleurs des champs, la boule de poils volante pourrait bien cesser de vrombir

Christine Wuillemin

Série d’été 3/6 » Ce sont des voisins qui nous veulent du bien. L’inverse n’est, hélas, pas toujours vrai. Ces animaux d’ici nous rendent de précieux services. Et nous pouvons en faire de même pour eux et la biodiversité au travers de gestes simples.

S’il y a un bruit qui capte immédiatement l’attention de Sophie Giriens, c’est bien le vol sonore de l’un de ces gros aéronefs velus qui maraudent de fleur en fleur. A force de traquer le bourdon pour l’étudier, la biologiste valaisanne reconnaîtrait entre mille la fréquence qu’émettent ses battements d’ailes. «Elle est plus grave que celle des autres abeilles. Je chasse donc à l’oreille. Et lorsque je vais me coucher, j’entends encore ce bourdonnement dans ma tête, comme un agréable acouphène», rigole-t-elle.

Ce n’est donc pas un ver, mais un bourdon d’oreille que Sophie Giriens a attrapé, petite déjà, alors qu’elle «courait après toutes les petites bêtes». Aujourd’hui spécialiste de ces insectes, celle qui est aussi la conservatrice des collections zoologiques pour le Musée d’histoire naturelle de Fribourg se rend régulièrement sur le terrain pour recenser ces drôles d’abeilles sauvages. Car contrairement à ce que l’on pense, il n’existe pas une, mais près de quarante espèces de bourdons en Suisse! Et c’est bien cette diversité qui fascine la naturaliste.

«Non, ils n’ont pas tous desbandes jaune-orangé, une tête noire et un cul blanc – comme on dit dans le jargon – à l’image du très répandu bourdon terrestre qui pollinise nos tomates jusqu’au cœur des villes, explique Sophie Giriens. Il existe une grande variabilité au niveau des couleurs, parfois même au sein d’une même espèce. Le bourdon variable qui porte bien son nom se décline du roux pâle au noir total. Il faut avoir l’œil.»

Et ce n’est pas tout, la morphologie, la taille, le comportement et le cycle de vie de ces insectes peuvent aussi changer du tout au tout. La seule constante étant l’épaisse couche de poils qui fait d’eux des spécialistes des zones arctiques et alpines. Les bourdons sont en effet capables de voler plus tôt dans la journée et dans la saison (dès février) que les autres abeilles. Ils sortent même quand il fait moins de 10 °C.

Du cheni et du nectar

Chose intéressante, la longueur de leur langue change en fonction de la profondeur des fleurs que l’espèce butine et aide ainsi à se reproduire. «Comme toutes les abeilles sauvages, les bourdons ont évolué avec nos paysages et sont donc parfaitement adaptés à nos fleurs. Il est important de conserver cette grande diversité afin que toutes puissent être pollinisées», estime la spécialiste.

Malheureusement, le monde fascinant des bourdons se dégrade à mesure que les prairies fleuries disparaissent. Monocultures, gazon, bords de routes rasés ou herbicides privent les pollinisateurs de nourriture. Quant au «propre en ordre» helvétique, il menace les sites de nidification où s’installent des colonies allant jusqu’à 300 ouvrières: sous terre, dans le creux d’un arbre mort, sous un tas de bois ou dans les anfractuosités d’un vieux mur. Pour Sophie Giriens, «un peu de cheni» ferait du bien.

Mais ce qui inquiète le plus la biologiste, ce sont les paysages d’ordinaire très fleuris des Préalpes qui sont transformés en gazon anglais par la pâture. «Le bétail, et particulièrement les moutons en montagne uniformisent le paysage et engraissent les sols. Il y a moins de diversité de fleurs et celles qui restent sont souvent mangées avant d’avoir eu le temps d’alimenter les bourdons, déplore Sophie Giriens. Il faudrait laisser des zones libres de pâtures.» Dure, dure, la vie de bourdon… Il existe pourtant des solutions simples pour les aider (lire ci-dessous).

LA SALAMANDRE


Trois questions à Christophe Praz

Comment agir pour les bourdons?

En semant des fleurs! Leur pollen, riche en protéines, nourrit principalement les larves et leur nectar, qui contient des hydrates de carbone, constitue une source d’énergie importante pour les adultes. Ils sont si lourds et leurs ailes si petites qu’ils en ont besoin pour voler, maintenir la colonie à bonne température et rester actifs même par temps froid. Comme certaines plantes sont plus attractives pour leur pollen que pour leur nectar et inversement, mieux vaut panacher en créant son massif.

Quelles fleurs recommandez-vous?

Des essences indigènes. Et comme les bourdons ont de longues langues, on choisira des corolles profondes, tels que le trèfle rouge apprécié de tous, l’épiaire droit qu’aime le bourdon variable ou l’épiaire officinal qui pousse en jolis bosquets. De son côté, la vipérine qui donne de grandes fleurs bleues est généreuse en nectar, tout comme les centaurées. La consoude et la bourrache offrent beaucoup de pollen et de nectar. Enfin, l’anthyllide vulnéraire comble les reines en mai et juin.

Et si on n’a pas de jardin?

On peut militer pour que les talus routiers ne soient pas fauchés avant la fin de la floraison. Souvent, ces perles de biodiversité sont rasées pour la sécurité et pour éviter la prolifération des chardons. Mais cela nuit aux bourdons qui se développent sur plusieurs mois. Heureusement il existe des compromis, comme la fauche partielle en mosaïques qui garantit la présence de fleurs en continu. Enfin, achetez bio, local et favorisez les exploitants sensibles à ces questions. CW

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