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Ankara désigne les Kurdes du PKK

Accusé de l’attentat qui a fait au moins 6 morts dimanche à Istanbul, le mouvement dément

Publié le 15.11.2022

Temps de lecture estimé : 5 minutes

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Turquie » Une jeune femme de nationalité syrienne est accusée de l’attentat qui a fait au moins six morts dimanche à Istanbul. La police turque affirme qu’elle a agi «sur ordre du Parti des travailleurs du Kurdistan» (PKK), un mouvement jugé terroriste par Ankara.

Des images de la police partagées par les médias turcs ont montré une jeune femme en sweat-shirt violet appréhendée dans un appartement. «La personne qui a posé la bombe a été arrêtée», a annoncé hier le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu. «D’après nos conclusions, l’organisation terroriste PKK est responsable» de l’attentat.

Suspects arrêtés

Le mouvement, en lutte armée contre Ankara depuis près de 40 ans, a démenti. «Nous n’avons aucun lien avec cet événement, nous ne visons pas les civils et rejetons les opérations qui le font», a affirmé le PKK, via l’agence de presse Firat qui lui est proche.

La jeune femme, présentée comme Alham Albashir de nationalité syrienne, serait entrée clandestinement en Turquie. La police affirme qu’elle aurait pris ses ordres à Kobané, dans le nord-est de la Syrie, une région contrôlée par des mouvements kurdes alliés au PKK.

Selon le ministre, 46 suspects ont été arrêtés, dont certains au même endroit que la jeune femme. La police affirme avoir découvert dans l’appartement une importante somme en euros et des pièces d’or dans un sac, ainsi qu’un pistolet et des cartouches.

Six morts et 81 blessés

L’attentat, commis sur l’artère commerçante d’Istiklal, n’a pas été revendiqué. Il a fait six morts et 81 blessés, dont 24 restaient hospitalisés tôt hier. Parmi les victimes, toutes turques, figurent une fillette de 9 ans tuée avec son père et une adolescente de 15 ans, morte avec sa mère.

Dès dimanche soir, le président Recep Tayyip Erdogan et son vice-président Fuat Oktay avaient désigné «une femme» comme la responsable de l’attentat. Selon le ministre de la Justice, une «femme s’est assise sur un banc pendant 40 à 45 minutes et, une ou deux minutes après, il y a eu une explosion».

Les médias turcs partagent l’image tirée d’une caméra de surveillance sur l’avenue d’Istiklal, montrant une jeune femme en pantalon treillis, coiffée d’un ample foulard noir, qui s’enfuit en courant dans la foule, désignée comme la poseuse de bombe.

Hier, l’avenue d’Istiklal, principale artère piétonne d’Istanbul qui avait été fermée après l’explosion, était totalement rouverte au public.

La ville d’Adana (sud) a accompagné hier les funérailles de la petite Ecrin, 9 ans, tuée avec son père alors qu’ils attendaient ensemble la mère, entrée dans une des nombreuses boutiques de la rue.

Les quatre autres victimes ont été enterrées à Istanbul. Le maire de la ville Ekrem Imamoglu a porté le cercueil d’une jeune femme tuée, avant d’aider, pelle en main, à le recouvrir de terre.

«Ordre de Kobané»

Le ministre de l’Intérieur a accusé les forces kurdes des YPG, les Unités de défense du peuple, qui contrôlent la majeure partie du nord-est de la Syrie, d’être responsables de l’attentat. «Nous estimons que l’ordre de l’attentat a été donné de Kobané», a-t-il ajouté. Pour Ankara, les YPG et le PKK sont des mouvements «terroristes».

Mais par un communiqué, les YPG ont également «démenti catégoriquement tout lien avec Ahlam Albashir».

Mais M. Soylu a donné un tour diplomatique à la crise en affirmant que la Turquie «rejette» les condoléances des Etats-Unis qui «soutiennent les terroristes» de Kobané.

La ville de Kobané est restée célèbre pour la bataille qui, en 2015, a permis aux forces kurdes de repousser le groupe Etat islamique avec le soutien américain. Elle reste contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dont les YPG, alliées au PKK, sont une composante majeure.

PKK et Otan

Le PKK, considéré comme une organisation terroriste par Ankara mais aussi par ses alliés occidentaux dont les Etats-Unis et l’Union européenne, est en lutte armée contre le Gouvernement turc depuis le milieu des années 1980. Il a été souvent rendu responsable par le passé d’attentats sanglants sur le sol turc.

En décembre 2016, un double attentat près du stade de foot de Besiktas, à Istanbul (47 morts dont 39 policiers et 160 blessés) avait été revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), groupe radical kurde proche du PKK.

Le PKK est par ailleurs au cœur d’un bras de fer entre la Suède et la Turquie qui bloque depuis mai l’entrée de Stockholm, accusé de mansuétude envers le PKK, dans l’Otan. Ankara a réclamé l’extradition de plusieurs de ses membres dans un mémorandum d’accord signé en juin avec la Suède et la Finlande, autre pays nordique désireux de rejoindre l’Alliance atlantique. ats/afp

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