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Accord fragilisé par les frappes russes

La Russie a bombardé le port d’Odessa, stratégique dans l’application de l’accord sur les céréales

Publié le 25.07.2022

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Ukraine » A peine signé, l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes est fragilisé. La Russie a annoncé hier que ses frappes avaient détruit la veille un navire militaire ukrainien et des missiles livrés par les Etats-Unis dans le port d’Odessa, d’où est censé partir une bonne partie du blé bloqué dans les silos du pays. Moscou avait pourtant nié samedi auprès d’Ankara toute implication, un jour après avoir conclu avec Kiev cet accord en réponse à la crise alimentaire mondiale.

Il prévoit notamment l’instauration de «couloirs sécurisés» afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s’engagent à «ne pas attaquer», selon un responsable des Nations Unies. Avec ces frappes, le chef de l’Etat russe a «craché au visage du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et du président turc Recep (Tayyip) Erdogan, qui ont déployé d’énormes efforts pour parvenir à cet accord», a commenté le Ministère ukrainien des affaires étrangères.

«Mépris de la Russie»

Le président Volodymyr Zelensky a ensuite accusé Moscou de systématiquement violer ses engagements: «Cela ne prouve qu’une seule chose: peu importe ce que la Russie dit et promet, elle trouvera des moyens de ne pas l’appliquer.» Antonio Guterres a quant à lui «condamné sans équivoque» ces attaques, soulignant que «la mise en œuvre intégrale» de l’accord «est impérative».

«Frapper une cible cruciale pour l’exportation de céréales un jour après la signature des accords d’Istanbul est particulièrement répréhensible et démontre une fois de plus le mépris total de la Russie pour le droit international et les engagements», a de son côté jugé le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell.

«Cette attaque jette un doute sérieux sur la crédibilité de l’engagement de la Russie à l’égard de l’accord d’hier et sape le travail de l’ONU, de la Turquie et de l’Ukraine pour acheminer des denrées alimentaires essentielles vers les marchés mondiaux», a pour sa part dénoncé le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken.

La Russie veut rassurer

Tandis que pour la cheffe de la diplomatie britannique, Liz Truss, «cela montre que l’on ne peut pas se fier à un mot de ce que dit» M. Poutine. De son côté, la Suisse reproche à Moscou un «mépris flagrant» pour l’insécurité alimentaire, indique le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Elle appelle avec insistance la Russie à mettre en œuvre cet accord prometteur, peut-on lire samedi dans un tweet du DFAE.

Le chef de la diplomatie russe, en visite en Egypte, a tenu hier à rassurer ses partenaires égyptiens après l’accord sur des «couloirs sécurisés» pour les exportations de grains d’Ukraine et de Russie. Signé vendredi à Istanbul entre la Russie et l’Ukraine, sous l’égide de l’ONU, il prévoit l’instauration de «couloirs sécurisés» afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s’engagent à ne pas attaquer.

«Nous avons confirmé l’engagement des exportateurs russes de produits céréaliers à respecter toutes leurs obligations», a déclaré Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse après des pourparlers avec son homologue égyptien, Sameh Choukri.

Deux missiles abattus

Durant l’attaque russe de samedi, deux missiles ont frappé le port et deux autres ont été abattus, selon l’armée ukrainienne. «Quelques personnes sont blessées», a affirmé le gouverneur de la région, Maksym Martchenko, sans préciser combien et en évoquant des «infrastructures portuaires endommagées». Selon le Ministère russe de la défense, «des missiles de haute précision et de longue portée lancés depuis la mer ont détruit un navire militaire ukrainien à quai et un stock de missiles antinavires Harpoon livrés par les Etats-Unis au régime de Kiev». «Une usine de réparation et de modernisation de navires de l’armée ukrainienne a aussi été mise hors d’usage», a poursuivi le ministère, dans un communiqué publié sur son compte Telegram.

Le centre de l’Ukraine n’a pas été épargné non plus avec une reprise samedi des bombardements russes, qui ont fait trois morts. «La région de Kherson sera «définitivement libérée» des forces russes d’ici septembre, a ainsi assuré hier le conseiller du chef de l’administration militaire régionale de Kherson fidèle à Kiev, Sergiy Khlan. ATS/AFP

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