La Liberté

16.09.2019

Pas de supercherie sur l'âge de Jeanne Calment, selon une étude franco-suisse

Jeanne Calment avait fêté son 122e anniversaire le 20 février 1997 en Arles (archives). © KEYSTONE/EPA/GEORGES GOBET
Jeanne Calment avait fêté son 122e anniversaire le 20 février 1997 en Arles (archives). © KEYSTONE/EPA/GEORGES GOBET


16.09.2019

La controverse sur le record de longévité de la Française Jeanne Calment, officiellement décédée à 122 ans en 1997, a rebondi lundi: une étude franco-suisse réfute l'hypothèse d'une supercherie avancée par des chercheurs russes. Ces derniers maintiennent leur version.

L'idée que la Française n'était pas Jeanne mais sa fille unique Yvonne Calment et que celle-ci se serait substituée à elle en 1934 est "sans fondement", affirment les auteurs de l'étude, basée sur de nouveaux documents et des modèles mathématiques, publiée lundi dans le "Journal of Gerontology".

Selon le démographe Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l'Inserm et à l'Ecole pratique des hautes études, et le médecin François Herrmann, gériatre aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et spécialiste de l'épidémiologie des personnes âgées, il s'agit d'une "théorie du complot".

"Pas sérieuse"

Les tenants russes de la supercherie ont cependant maintenu leur version. Ils ont affirmé à l'AFP qu'ils allaient rapidement répondre "point par point" à la publication franco-suisse afin de prouver qu'elle "n'est pas sérieuse" et comporte de nombreuses "lacunes et erreurs".

Fin 2018, le gérontologue Valeri Novosselov et le mathématicien Nikolaï Zak avaient créé la surprise en affirmant que la vieille dame décédée en 1997 était en fait Yvonne Calment, la fille de Jeanne, morte selon eux à "seulement" 99 ans. Yvonne aurait vécu 63 ans sous l'identité de sa mère afin d'éviter de payer des droits de succession.

Lundi, M. Novosselov a accusé les chercheurs français et suisses d'"induire en erreur la communauté scientifique mondiale et le monde entier afin de ne pas désavouer leur travail précédent". Et d'"ignorer des faits qui ne les arrangent pas", comme le fait que "trois symptômes cliniques de l'état physique" de Mme Calment "n'ont été visibles que 20 ou 25 ans après la date où ils auraient dû apparaître".

Documents exhumés

Les auteurs de l'étude publiée lundi, de leur côté, ont exhumé plusieurs documents pour infirmer la théorie russe, dont un article paru dans la presse locale en 1934 à Arles - où vivait Jeanne Calment - attestant qu'une "foule particulièrement nombreuse" avait assisté aux obsèques de sa fille Yvonne, décédée à l'âge de 36 ans.

Difficile d'imaginer que ces nombreux témoins n'aient rien remarqué, "à moins d'accepter l'idée de la complicité de dizaines de personnes" dans cette fraude. Les chercheurs ont aussi retrouvé des documents attestant qu'Yvonne était malade depuis plusieurs années, mais aucun accréditant l'idée que Jeanne l'ait été avant 1934.

En outre, un acte notarié datant de 1926 montre que Nicolas Calment, le père de Jeanne, avait légué tous ses biens à ses enfants avant son décès, ce qui met à mal la thèse selon laquelle Yvonne aurait voulu éviter de payer deux fois des droits de succession.

"Tous les documents trouvés vont à l'encontre de la thèse russe", assure Jean-Marie Robine, qui a lui-même rencontré plusieurs fois la doyenne de l'humanité et explique son record de longévité par "un mélange de bon patrimoine génétique et de chance".

Une chance sur dix millions

L'étude publiée lundi s'attaque également à un autre argument des chercheurs russes, qui estimaient statistiquement impossible qu'un être humain puisse vivre 122 ans.

En étudiant la longévité de toutes les personnes nées en France en 1875 et en 1903, les chercheurs ont calculé qu'un centenaire avait une chance sur dix millions d'atteindre 122 ans. "Une probabilité certes mince, mais qui est loin de faire de Mme Calment une impossibilité statistique".

"Considérant que l'humanité a accumulé au moins de huit à dix millions de centenaires depuis les années 1700, l'existence d'une personne de 122 ans autour de la fin des années 1900 est quelque chose de plausible", soulignent-ils.

D'ailleurs, étant donné que la planète pourrait abriter 25 millions de centenaires en 2100, "la découverte d'une autre personne âgée de 122 ans (et même probablement un peu plus âgée) apparaît aussi comme quelque chose de raisonnable dans les années à venir", selon eux.

ats, afp

Abonnez-vous pour 9.-/mois
Abonnez-vous pour 9.-/mois
Suivez-nous sur insta

L’actu de votre région aussi sur @lalibfribourg

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11 / Fax: +41 26 426 44 00