La Liberté

24.05.2019

Les droits des femmes en recul en Europe

Les instruments juridiques luttant contre les inégalités entre les sexes et les violences faites aux femmes "deviennent assez souvent les otages des débats politiques nationaux". © KEYSTONE/AP/ESTEBAN FELIX
Les instruments juridiques luttant contre les inégalités entre les sexes et les violences faites aux femmes "deviennent assez souvent les otages des débats politiques nationaux". © KEYSTONE/AP/ESTEBAN FELIX


24.05.2019

Les droits des femmes subissent des reculs dans le monde, y compris en Europe, ont averti vendredi de hauts responsables de l'ONU et du Conseil de l'Europe. Ils ont dénoncé "des idées fausses qui tendent à créer de la confusion et mènent à des peurs irrationnelles".

"Nous sommes témoins d'un phénomène de stagnation et de recul dans l'égalité entre les sexes", a souligné la présidente du groupe d'experts sur la lutte contre les violences envers les femmes du Conseil de l'Europe Feride Acar, en ouverture d'une conférence internationale sur ce thème à Strasbourg.

"Les instruments juridiques luttant contre les inégalités entre les sexes et les violences faites aux femmes, particulièrement la Convention d'Istanbul, deviennent assez souvent les otages des débats politiques nationaux", a-t-elle constaté, faisant référence à la convention du Conseil de l'Europe visant à combattre les violences contre les femmes et adoptée en 2011.

Mme Acar a déploré "des idées fausses qui tendent à créer de la confusion et mènent à des peurs irrationnelles". La France, qui vient de prendre pour six mois la présidence du Conseil de l'Europe, a fait de l'égalité hommes-femmes l'une de ses priorités.

Convention critiquée

Premier instrument juridiquement contraignant au niveau européen visant à combattre les violences contre les femmes, la Convention d'Istanbul n'a été jusqu'à présent ratifiée que par 34 pays des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe. La Suisse l'a ratifiée en décembre 2017.

Si l'Irlande vient de franchir le pas, le Parlement slovaque s'est en revanche prononcé fin mars contre sa ratification, au motif que le texte serait en contradiction avec la définition du mariage considéré dans la Constitution nationale comme une union hétérosexuelle.

"Je ne suis pas sûre que la réponse à la Convention d'Istanbul serait aussi enthousiaste si elle était adoptée aujourd'hui", a regretté Dunja Mijatovic, commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil, qui a expliqué avoir insisté lors d'une récente visite en Hongrie sur son utilité.

"Campagne de désinformation"

Soulignant que la France s'est lancée "dans une grande campagne pour la ratification" de ce texte, la secrétaire d'Etat française chargée de l'Egalité, Marlène Schiappa, a dénoncé une "grosse campagne de désinformation menée notamment dans les pays de l'Est contre la convention d'Istanbul".

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence envers les femmes, Dubravka Simonovic, a appelé tous les participants à l'aider à "repousser ces tendances négatives" pour faire progresser les droits des femmes. Elle est à la tête d'une plateforme lancée en 2017 pour coordonner tous les mécanismes internationaux et régionaux luttant contre ces violence.

ats, afp

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